Daniel Lieberman, chercheur à l’université américaine de Harvard et passionné de course à pied, se posait une question : "comment couraient les gens sans chaussures ?". Bien mieux, selon ses travaux publiés le 27 janvier 2010 dans la revue scientifique "Nature".

M. Lieberman, professeur de biologie de l’évolution humaine, a étudié la foulée de coureurs chaussés ou non, aux Etats-Unis et en Afrique de l’Est, notamment au Kenya, région du monde d’où sont issus de nombreux champions.

Il y a deux millions d’années, explique le scientifique, les créatures humaines avaient déjà adopté la locomotion bipède et pratiquaient la course de fond, lors de chasses prolongées. Les chaussures de courses modernes, caractérisées par une protection et un maintien importants du pied, ne remontent qu’aux années 70, note-t-il.

Les hommes qui courent sans chaussures depuis leur enfance, comme dans la province de la Vallée du Rift au Kenya, posent en premier l’avant ou le milieu du pied lorsqu’ils touchent le sol. Ils courent de la même façon lorsqu’ils utilisent des chaussures.

Ceux qui portent depuis toujours des chaussures de sport modernes, matelassées et rembourrées, posent au contraire le talon en premier, ce qui répercute sur les articulations une partie importante du poids du corps. A force, cela finit par provoquer des lésions, car "littéralement, c’est comme si on frappait le talon avec un marteau", dit Daniel Lieberman. Chez les coureurs aux pieds nus, il n’y quasiment pas de choc avec le sol à chaque foulée.

Le chercheur n’invite pas pour autant les coureurs chaussés à changer brutalement d’habitude. "Vous avez sinon une forte probabilité de vous blesser", met-il en garde, les différents muscles du pied n’étant pas assez renforcés. Daniel Lieberman conseille donc aux pratiquants réguliers de course à pied une transition progressive, précisant que le temps de course ou la distance parcourue pieds nus ou avec des chaussures "minimalistes" à semelles fines ne doit pas dépasser 10% du total par semaine.

Le professeur Pietro Tonino, chef du service de médecine sportive à l’université Loyola de Chicago, estime que ces travaux, auxquels il n’a pas pris part, confirment ce qu’il observe tous les jours.

"Lorsqu’on examine les coureurs, on constate que la blessure la plus répandue est celle du talon", en particulier l’aponévrosite plantaire, une inflammation douloureuse du dessous du talon. Les chaussures modernes de courses, très renforcées, vont à l’encontre de l’évolution, qui a conçu le pied humain pour la course de fond, ajoute-t-il. Mais comme son collègue Lieberman, le professeur Tonino ne recommande pas à ceux qui ont pris l’habitude de courir chaussés de se mettre brutalement à la course pieds nus.

http://www.nature.com/nature/journal/v463/n7280/edsumm/e100128-08.html